La consommation vidéo des Français subit une transformation structurelle majeure. En 2026, si le temps d’écran quotidien reste massif, la fragmentation des modes d’accès redessine entièrement la chaîne de valeur entre diffuseurs historiques et plateformes numériques.
L’origine des données : Cette analyse exclusive s’appuie sur les données du rapport « Tendances Audio Vidéo 2026 : Usages et Équipements des Français », une étude quantitative de référence menée par l’Arcom en partenariat avec la DGMIC et l’ANFR. Le terrain de l’étude, réalisé en octobre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 4 308 Français, offre une vision clinique de l’évolution des pratiques audiovisuelles.
264 minutes : La bascule du temps vidéo
En 2026, les Français consacrent en moyenne 264 minutes (soit 4h24) chaque jour à la consommation de contenus vidéo, tous services confondus. Ce capital temps se polarise désormais entre l’ancien monde du flux et le nouvel écosystème de la vidéo à la demande.
La TV linéaire fait de la résistance : Les chaînes de télévision (gratuites et payantes en direct) captent encore la part du lion avec 162 minutes par jour en moyenne.
La BVOD cherche sa place : Les plateformes numériques des chaînes (TF1+, M6+, France.tv) n’attirent pour l’instant que 11 minutes de l’attention quotidienne des Français.
Le téléviseur reste roi, mais change de cerveau : 89 % des Français l’utilisent toujours comme écran principal. Cependant, la réception s’opère majoritairement par Internet via l’IPTV (74 % des foyers équipés), reléguant la TNT historique à 34,7 % de part de marché.
Le Diagnostic : La domination horaire de la télévision classique masque une fragilité critique : elle repose presque exclusivement sur les générations les plus âgées.
Le fossé générationnel : Transfert d’usage radical
Les données de l’enquête Tendances Audio Vidéo 2026 : Usages et Équipements des Français mettent en lumière une rupture nette dans la répartition du temps selon les tranches d’âge.
Répartition du temps quotidien par source et par âge (en minutes)

| Tranche d’âge | Temps sur les chaînes (Direct) | Temps sur les plateformes TV (BVOD) | Temps sur YouTube / Partage vidéo | Temps vidéo global (Tous services) |
| 15-24 ans | 35 min | 14 min | 83 min | 175 min |
| 25-34 ans | 59 min | 13 min | 111 min | 233 min |
| 35-49 ans | 83 min | 11 min | 59 min | 206 min |
| 50-64 ans | 221 min | 10 min | 19 min | 282 min |
| 65 ans et plus | 291 min | 7 min | 5 min | 327 min |
L’étude qualitative menée par l’Arcom montre que pour les 15-34 ans, les grilles de programmes traditionnelles sont jugées trop « policées » et rigides. À l’inverse, les plus de 50 ans manifestent un attachement viscéral à la télévision gratuite en direct : 83 % d’entre eux déclarent qu’elle leur manquerait beaucoup si elle disparaissait.
Contrairement aux idées reçues qui associent spontanément la surconsommation d’écrans à la jeunesse, la réalité des chiffres de l’Arcom inverse totalement ce paradigme : le volume de consommation vidéo quotidienne progresse de manière linéaire avec l’âge.
Les 15-24 ans y consacrent en moyenne 175 minutes par jour, tandis que les seniors de 65 ans et plus dominent largement le classement avec 327 minutes quotidiennes, soit près de 5h30 passées devant des contenus vidéo.
Ce décalage s’explique par la nature des usages : si les plus jeunes fragmentent leur attention sur des formats courts et délinéarisés, les générations plus âgées cumulent un puissant réflexe de télévision en direct (291 minutes pour les plus de 65 ans) qui gonfle massivement leur temps d’écran global.
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Le direct vit par réflexe, la fiction bascule en ligne

Cette étude Médiamétrie/Arcom montre que si le cinéma reste le seul genre universel en France (89 % de pénétration), les préférences de programmes coupent le pays en deux. Les 15-24 ans plébiscitent massivement les séries (65 %), quand 65 % des seniors placent l’information au cœur de leur rituel quotidien. Un décalage culturel qui pousse la TV gratuite et la SVOD au coude-à-coude (49 % vs 48 %).
La cohabitation entre les modes de diffusion révèle des comportements d’achat d’attention très distincts selon le genre de programme.
Le direct est un automatisme : Pour 56 % des téléspectateurs, allumer les chaînes gratuites en direct reste un « réflexe » immédiat à l’installation devant l’écran. Ce mode linéaire écrase la concurrence pour l’information (71 % de considération), les documentaires (60 %) et le sport (53 %).
La BVOD pour la fiction : Les plateformes de type BVOD affichent une pénétration de 63 %. Elles s’imposent en priorité pour la consommation de séries (57 %) et de films (53 %).
L’illusion de l’autonomie : Bien qu’interactives, 43 % des utilisateurs de ces plateformes de chaînes préfèrent encore s’y laisser guider par le flux du direct, contre seulement 25 % qui exploitent l’application pour choisir précisément un programme à la demande.
YouTube, cheval de Troie délinéarisé de la TV
La plateforme de partage de vidéos YouTube capte 39 minutes de l’attention quotidienne moyenne des Français. Elle est devenue un canal majeur, mais complémentaire, pour les diffuseurs traditionnels.
Hybridation massive : 48 % des utilisateurs de YouTube s’y rendent pour consommer des contenus directement issus de la télévision (extraits ou émissions intégrales). Chez les 25-34 ans, l’audience explose : YouTube est le service où ils passent le plus de temps quotidien avec 1h51 au total.
Non-cannibalisation des audiences : Cette consommation « déportée » ne réduit pas l’usage des canaux officiels. Au contraire, 56 % des gros consommateurs de plateformes de BVOD utilisent également YouTube pour visionner ces mêmes programmes TV.
Le Next : L’essor des Smart TV (téléviseurs connectés) accentue cette mutation. 25 % des utilisateurs déclarent regarder plus souvent les plateformes de BVOD depuis qu’ils possèdent une Smart TV. Les éditeurs doivent impérativement packager leurs offres sous forme d’applications premium directement accessibles sur ces interfaces, sous peine de voir leur lien direct avec le spectateur s’effacer au profit des géants de l’écosystème applicatif.
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Une série exclusive pour décrypter 2026
La méthode EC TMT : Face à la richesse des données fournies par l’Arcom, nous avons choisi de ne pas nous limiter à un compte rendu générique. Cet article marque le lancement d’une série éditoriale dédiée aux Tendances Audio Vidéo 2026. À travers plusieurs volets thématiques — des nouveaux usages de la Smart TV à la place centrale de YouTube, en passant par les mutations de la consommation audio — nos experts passeront au crible chaque strate de ce rapport pour vous offrir une vision prospective et actionnable des médias de demain.
Lucien Datafort
Journaliste expert en analyse des données et des études pour EC TMT.
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